Sous la bonne étoile de Pondichéry.
Boursière du gouvernement indien, je m'envole pour la ville de Tanjore en juin 1999, afin de suivre l'enseignement durant une année de Guru K.P Kittappa Pillai, maître de Bharata Natyam.
Au départ de Paris, je franchis la passerelle de l'avion comme un immense plongeoir qui va me propulser dans un autre monde.
Il est 16 heures et tous les voyageurs sont à bord de l'appareil, mais quatre heures plus tard la situation reste inchangée: nous n'avons pas décollé et un ballet de pompiers s'affaire sur la piste et dans l'avion.
Pourtant, l'ambiance reste calme voire même bonne enfant. Les langues et les jambes se délient: on se présente, converse et circule en attendant les informations.
Finalement le vol est annulé, reporté au lendemain. Je rentre chez moi alors que la plupart des voyageurs est logée à Eurodisney.
Faux départ: on pense s'envoler pour le pays de Ganesh et l'on atterrit chez Mickey…
C'est donc un jour plus tard que je pars, ce qui perturbe considérablement l'organisation de mon long périple.
Arrivée à Bombay après minuit, je m'active pour récupérer mes valises et prendre une correspondance quand je finis par comprendre que mes bagages ne sont pas là!
Nous voici une petite quinzaine dans cette situation errant de droite et de gauche essayant de nous faire comprendre et de comprendre ce que nous devons faire pour pouvoir poursuivre notre route.
Soudain, s'élève une voix tonitruante et j'aperçois alors un personnage comme l'Inde sait vous en offrir dans les moments les plus difficiles; un de ses hommes "magiques" qui avec une efficacité étonnante, nous regroupe sous son aile protectrice comme un père de famille nombreuse, réclame nos bagages, exige que nous soyons logés dans un hôtel avec petit-déjeuner et s'enquiert de connaître le prochain vol pour Madras.
Telle fût ma rencontre avec Monsieur Bichat et sa femme, pondichériens, partageant leur vie entre la France et l'Inde. Nous sympathisons immédiatement dans la navette nous conduisant à l'hôtel pour nous reposer. Je parle de la danse et Monsieur Bichat m'explique qu'il prépare le mariage d'un de ses enfants et me propose de danser à cette occasion.
Mon premier séjour à Pondichéry a lieu un mois plus tard, mon mari m'ayant rejoint. Nous avions décidé de fêter notre anniversaire de mariage en ce lieu. Nous en profitons pour aller déjeuner chez Monsieur Bichat qui nous accueille avec sa famille dans sa maison et fait ainsi connaissance avec mon mari.
Puis, un mois après je retourne à Pondichéry en bus depuis Tanjore, pour le mariage annoncé. Suite à un long périple d'une journée, c'est l'immersion totale au sein de la famille lors de cette cérémonie si fortement représentative des traditions de la culture tamoule. En compagnie de la fille de Monsieur Bichat, je participe à toutes les étapes de ces deux jours de rites. Pour moi, c'est une grande première qui restera inoubliable! Pourtant je ne danserai pas cette fois-ci mon Maître de danse ne me l'ayant pas permis considérant qu'il fallait d'abord que je prépare mon Arangetram.
C'est à cette occasion que Monsieur Bichat viendra à son tour à Tanjore, un an plus tard, assister à cette grande fête de la danse, scellant un peu plus notre amitié. Je danserai alors par la suite au mariage des autres enfants de Monsieur Bichat.
Enfin, en janvier 2OO2 c'est toujours la danse qui me ramène à Pondichéry et plus précisément dans la salle dont Monsieur Bichat est propriétaire. Il m'accueille avec mes musiciens venus de Tanjore, pour la grande journée mondiale de lutte contre la lèpre organisée par le centre médical CERTH-INDIA, l'association Raoul FOLLEREAU et mon association de danse THANJAVUR HERITAGE.
C'est une fois encore un moment d'amitié qui nous réunit à Pondichéry, au service d'une cause humanitaire, en présence de M. Claude Saint Martin consul adjoint de France à Pondichéry, M. Balasubramaniam directeur de Certh-India, et de M. Daniel Clerc délégué des Vosges de l'Association Raoul Follereau.
PONDICHERY, vivant exemple de ces liens culturels toujours présents entre la France et l'Inde est ma bonne étoile me protégeant sur mon chemin entre ma patrie et mon pays de "Cœur", l'Inde.
Fabienne Bégaud, dite Maya.
(Kinésithérapeute et danseuse de Bharata Natyam, fondatrice de l'association Thanjavur heritage. email: thanjavurheritage@hotmail.com )