ReliŽe ˆ l'Inde

 

L'Inde me parle, me touche, me transforme depuis toujours.

Enfant, elle me rassurait. Les princesses y sont brunes et chevauchent des ŽlŽphants, elles me ressemblent, inconnues et intimes.

Adolescente, l'Inde m'a fait vivre mon premier choc esthŽtique: la rencontre avec le Bharata Natyam, fascination pour une danse venue d'ailleurs et identification profonde avec ses rythmes, couleurs et gestes Žtrangers et familiers.

Plus tard l'apprentissage de la danse me permettra d'apprivoiser l'Inde jusqu'ˆ me couler en elle.

La leon sera celle de la vie, foisonnante de Tout et de son contraire. Je comprendrai que ce qui m'attache si violemment ˆ l'Inde c'est sa capacitŽ ˆ me mettre en contact avec les tendances les plus extrmes.

Elle nous offre gŽnŽreusement la voie des paradoxes, n'imposant pas de devoir choisir raisonnablement.

Il n'y a pas cela ou cela mais cela et cela, cela avec cela, cela dans cela car cela et cela sont une mme entitŽ.

L'Inde unie les contraires jusqu'ˆ les fondre et nous avec: ce fut une rŽvŽlation au sens fort du terme.

Ainsi peut-on dire de l'Inde qu'elle est multiple et unique, fouillis et ordonnŽe, approximative et prŽcise, traditionnelle et moderne, violente et tendre, donnant tout ˆ voir et d'une extrme pudeur, interdit tout contact charnel en public et nous entasse, comprime, frotte et agglutine dans le bus, les rickshaw ou les foules.

On se perd, se dilue nŽcessairement en Inde et pourtant on se trouve et se reconna”t, faible et forte ˆ la fois, on est la mme et l'autre, capable simultanŽment d' adorer et de dŽtester l'Inde, vouloir la fuir sans tre capable de s'en arracher.

Tenter de l'oublier c'est la faire germer secrtement, fidle, omniprŽsente. Ds l'instant o elle a surgit elle ne nous quittera plus, poussera irrŽmŽdiablement, grandira, s'Žpanouira jusqu'ˆ fleurir, mžrir. Elle enfantera patiemment l'‰me universelle ˆ portŽe de cÏur.

En Inde le profane est sacrŽ car enracinŽ au cÏur mme de l'homme, lui qui peut tout et peut tout supporter puisque reliŽ au divin, ancrŽ dans le contentement qui est reconnaissance absolue.

Cette transcendance de l'tre humain nous bouleverse, nous ouvre infiniment.

Les visages sont les paysages sublimes de l'Inde, les sourires en sont sa lumire, la gestuelle sa sensualitŽ.

Le concret et le subtil ne font plus qu'un.

Sans cette incarnation humaine du sacrŽ l'Inde ne serait qu'une conque vide, privŽe du souffle crŽateur, rŽsonance viscŽrale Žveillant la mŽmoire de notre ŽternitŽ.

Telle est la ligne de beautŽ qui me relie essentiellement ˆ l'Inde.

 

Maya